Le retour de Tintin au Congo

2019-02-04

Le 10 janvier 1929, dans « Le Petit Vingtième », paraissent pour la première fois des cases des aventures de Tintin où on voit le jeune reporter quitter la gare du Nord à Bruxelles en direction du pays des Soviets. À l’occasion de cet anniversaire, la société Moulinsart qui gère l’héritage d’Hergé, a décidé une nouvelle publication. Pas un nouvel album puisque Hergé avait expressément souhaité que personne ne reprenne Tintin, mais une nouvelle édition, celle de « Tintin au Congo ». Coïncidence, cette publication survient justement au moment de l’annonce des résultats de l’élection. Cette nouvelle republication d’un album de Tintin, déjà connue puisque c’est le deuxième le plus vendu après Tintin en Amérique, fait office de retour aux sources. C’est la quatrième version de Tintin au Congo après la première publication en 1929-30 dans Le Petit Vingtième, celle d’une version différente en 1940 dans le quotidien flamand Het Laatste Nieuws. Mais la version la plus connue est celle que l’on retrouve dans le commerce, qui a été raccourcie, redessinée et mise en couleurs par Hergé en 1946 avec l’aide d’un autre géant de la BD belge : Edgar P. Jacobs. La version disponible depuis le 10 janvier reprend l’intégralité des planches originales de la première publication, planches redessinées et colorisées pour une publication qui n’est disponible qu’en format numérique. L’héritage d’Hergé préservé Pour la société Moulinsart qui gère l’héritage d’Hergé, la préoccupation est non seulement que Tintin reste bien vivant, mais aussi que cet héritage fructifie en quelque sorte. D’un côté, Moulinsart est très sourcilleux de respecter la volonté expresse d’Hergé que personne ne produise jamais de suite aux aventures. De ce point de vue là, une publication du projet d’album connu sous le nom de Tintin et le Thermozéro, abandonné par Hergé, n’a pas les faveurs de Moulinsart. En revanche, on ne compte plus les dessins animés, les plateformes numériques ou les expositions autour de Tintin, sans oublier l’excellente série radiophonique produite par France-Culture et la Comédie-Française. Et on laisse miroiter un nouveau film du duo de réalisateurs américains Peter Jackson et Steven Spielberg. Des accusations de paternalisme et de racisme Mais l'album Tintin au Congo est toujours au centre d’une controverse et d’accusations au mieux de paternalisme, au pire de racisme. La réputation de cette bande dessinée est à ce point problématique que Moulinsart a organisé, le 10 janvier, un débat intitulé « Le Congo de Tintin ». Hergé a longtemps refusé que reparaisse cet album qui s’est retrouvé épuisé dans les années 70 et a fini par assumer cette œuvre que d’aucuns considèrent en partie comme une erreur de jeunesse. Mais Hergé s’est toujours réfugié derrière les influences de son milieu social et culturel ainsi que la mentalité de l’époque. Au nom de la liberté d’expression, les tribunaux ont rejeté une demande d’interdiction de cet album, mais les associations antiracistes continuent à penser que Tintin au Congo devrait être au minimum publié avec une préface d’avertissement général comme c’est le cas pour l’édition en langue. Par Alex Nawej #AlauneRdc